L’algorithme des rêves | Guy Verville
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Souvenir de voyage

L’algorithme des rêves

Quelle tristesse de devoir quitter un rêve, surtout celui qui vient hanter de temps à autre l’univers de notre inconscience. Je suis de ceux et celles qui planent, qui s’envolent. Je ne possède pas d’ailes dans mes rêves, je ne vais même jamais très haut. Ce ne sont pas des aventures de grand écran. Malgré les différents décors et personnages, le rêve suit plus ou moins le même scénario, je marche normalement jusqu’à ce que les pieds quittent le sol, par absence graduelle de gravité, en tentant de faire durer le plaisir.

Durant ces rêves, je suis généralement entouré de gens qui ne s’étonnent pas de me voir planer juste au-dessus de leur tête. Encore hier, j’étais parmi mes collègues de travail qui s’étaient réunis dans une grande salle pour rencontrer des… transgenres. Je m’amusais de voir J. discuter sérieusement avec un homme/femme, tous les deux assis dans un coin comme s’ils se confiaient des secrets.

Le vol onirique n’a rien d’exceptionnel et je m’en voudrais d’ennuyer à extrapoler quelque signification universelle à partir de ma modeste chimie cérébrale. Le mythologue Campbell disait ne vouloir jamais raconter ses rêves aux autres, car ce que nous trouvons merveilleux sera invariablement de peu d’intérêt pour autrui.

Ce rêve ne me hante pas, mais je peux dire que l’algorithme qui le sous-tend semble se transformer. Bien que je ne peux en être certain — comment fonder des vérités sur nos lubies nocturnes ? —, j’ai l’impression que je parviens à m’élever toujours un peu plus, que mon vol dure plus longtemps, que mes poumons deviennent des ballons.

Rien de certain, je le répète, mais ce rêve rejoint cet état d’esprit éveillé que l’on appelle volontiers méditation. Quand je laisse mon regard planer sur les choses, sur les gens, j’ai l’impression de rêver, de n’être plus rien et tout. Il m’arrive souvent de cesser d’écouter une conversation et de m’attarder sur la ligne de cou de telle ou telle personne, d’observer le clignement de ses yeux, ou encore d’épier l’immobilité apparente des objets qui se dégradent.

Planer, survoler, contourner, marcher ailleurs que sur le sol du quotidien. Enfreindre les règles de l’ordinaire. Ce que j’aimerais n’être toujours que cet éphémère sentiment de plénitude  !

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