Chanter la chlorophylle

Je suis fait davantage de silence que d’éclats. J’ai conté si peu l’hiver, pas du tout le printemps qui s’achève. Mes journées n’en furent pas moins bruyantes, enrichissantes, angoissantes, nuageuses et bienheureuses. La vie ordinaire d’un homme qui ressent la fatigue du devoir quasi accompli.

Je ne suis pas le même homme qu’il y a trente ans, pas la même eau, très peu le même lit de rivière. Mon corps aura absorbé, fusionné puis rejeté des milliards d’atomes. Mes pensées auront aimé, gobé, oublié des filets entiers de poissons ailés, carnivores. Je serai toujours cet arbre qui, patiemment, vole la lumière pour mieux vivre et se droguer.

L’histoire d’un homme ressemble davantage à une interrogation qu’à une bible, plutôt une poussière qu’à une illumination de prophète. Et moi de pousser encore plus loin l’encre électron, le silence atterré et béat devant l’existence.

L’été arrive, enfin le soleil sur nos têtes, enfin la beauté de ces verts printaniers, et malgré les inondations, les tchétchènes et les tromperies, ne vaut-il pas mieux vivre son bonheur que de peiner sous l’incompréhension ? Les massacres et les délivrances font partie de cet univers. Je ne saurai jamais à quel dessein me vouer à ouvrir ainsi d’émoi la bouche. Je suis comme les autres le produit des saisons. C’est avec calme, tristesse et respect que je me soumets au cycle.

C’est ainsi que les poètes se taisent pour mieux chanter la chlorophylle des enivrantes dimensions du grand temps et de l’espace.

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