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De l'enchevêtrement et du laisser-aller

Tout ce qui s’accumule dans nos vies, mais surtout tout ce que l’on traîne derrière soi, comme un boulet au bout de sa chaîne.

J’ai visionné un de ces reportages sur ces grosses personnes qui doivent absolument maigrir si elles veulent espérer pouvoir demeurer en vie. Une Britannique énorme, intelligente, qui réussissait dans sa vie professionnelle, amoureuse de sa compagne, mais qui ne pouvait s’empêcher de bouffer par on ne sait quel mécanisme compensateur. À prendre six kilos par an, on finit par ressembler à un ballon trop lourd pour voler. Elle a surmonté le tout, c’était sympa de la voir s’embellir, reprendre goût à la vie, de voir son couple renaître, sa compagne l’encourageant, etc. Une bonne dose de positivisme télé. Du coup, on se compare, on se dit que, quelque part, on est gros dans sa tête, on accumule, on bouffe pour ne pas voir des trucs. Où se situent nos malheurs ? Quels sont les mécanismes de défense empruntés?

Je ne suis pas gros, j’ai déjà été rondelet. J’ai déjà eu de l’argent, mais là, j’en ai plus et les affaires sont plutôt instables, et mes manquements budgétaires se font douloureusement ressentir. J’ai tendance à relier le tout. À cette accumulation de petites fautes, de minuscules oublis, de faciles oisivetés. Mon cas est loin d’être désespéré. Pourtant le visionnement de ce reportage m’a ramené au manque de discipline que j’ai sur divers aspects de ma vie et pousse ma réflexion sur ce que je pourrais écrire comme prochain roman.

L’idée d’accumulation, de la sédimentation, de l’érosion lente des défenses, ces petits éclats dans la vitre de nos sentiments, ces infimes frustrations, ce ruisseau si faible, mais obstiné, qui coule dans nos veines et qui sculpte les canyons. Cette soudaine faille qui provoque l’effondrement de l’iceberg, la glissement de terrain, l’implosion d’une étoile.

Un peu comme s’il me fallait avoir de la misère pour avancer, comme s’il fallait me donner du trouble pour m’obliger à me dépasser, comme s’il me fallait devenir obèse pour me remettre en santé.

Cela peut durer un certain temps, mais on finit par s’essouffler. Le jeu n’en vaut tellement pas la chandelle.

Je suis confus. C’est sans doute une bonne chose. En réalité, je suis toujours confus. Ça ne se soigne peut-être pas.

Un jour à la fois comme on disait à la grosse dame. Elle l’a pris à la lettre. On lui a fait, le premier jour, monter une tour de 27 étages et elle a réussi. Il fallait lui prouver qu’on est capable de tout. Une marche, donc, à la fois. Carpe diem. Comme des esclaves peut-être. C’est ce qu’on dit, non, aux malheureux? De prendre leur mal en patience? De persévérer ?

Grossir et faillir, une forme de rébellion ? Une colère ? Un refus ? Et cette humanité qui se laisse aller, pourquoi la Nature l’a-t-elle ainsi faite ? Pourquoi tant d’insouciance ? Ces temps-ci, voilà bien une question sur toutes les lèvres québécoises. Mais on peut rapidement généraliser. Pour se contenter de bouffer des croustilles de petits bonheurs au lieu de travailler pour revenir à la simplicité de vivre ?

Il se fait tard déjà aujourd’hui. Il n’est pas encore dix heures. Pour ce dimanche de la fête des Mères, il pleuvra. Pas grave. Les mères en ont vu d’autres. Moi aussi, et je dois continuer de bosser pour mettre du beurre sur mon petit pain.

h h h
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