De l'œuf et du cheval

Un ami me faisait remarquer dernièrement que je n’écrivais pas beaucoup et s’empressait de me demander si je n’étais pas en panne d’inspiration.

Même si cette question sous-tend que cet ami apprécie ce que j’écris et qu’il lui tarde d’en lire davantage, elle dénote surtout la soif que nous avons tous de nous abreuver, de nous satisfaire à je ne sais quel contentement et, souvent, à la fontaine d’un autre.

Il est vrai que je n’écris pas beaucoup. Les raisons sont nombreuses. Le travail sans cesse, les activités chorales, les gens, l’âge, la nécessité de s’épargner d’inutiles gestes. On me dira que je vieillis. Les vieux se retrouveront dans ce que j’écris. Il y a bien sûr du vrai. Les jours paraissent moins nombreux à l’horizon.

Je pourrais évoquer tout ça et davantage, mais il ne s’agit que d’éléments extérieurs, de projections, d’objectivations qui matérialisent cette émanation qui me sert d’âme. Bref, je cogite, j’écoute ma pensée, je tente de savoir où j’en suis. Je ressens mon corps, je tente d’analyser ce que je ne suis plus.

Encore avant hier, j’écoutais avec mes amis du rez-de-chaussée, et en rafales, les derniers épisodes de l’insipide série True Blood. Les images devant moi avaient beau me distraire, le texte parfois m’amuser, les corps souvent titiller mon désir, il n’en demeure pas moins que je m’y suis ennuyé profondément. C’est une série comme il s’en fait beaucoup depuis des années : un scénario convenu, des sentiments explorés dans la pure tradition du Bien et du Mal avec cette supposée originalité de mélanger autant les bonnes actions que les mauvaises. Des méchants deviennent bons, des bons glissent dans la perversité. On nage en plein mélange des genres sans pour autant renouveler quoi que ce soit. C’est le propre de la décadence.

J’ai grande soif de nouveauté, certes et comme, en ce moment, je lis sur la pensée de Neitzsche, et que je viens de terminer la lecture du Jeu des perles de verre, de Hermann Hesse, j’entends l’appel des grands voyages imaginaires, je ressens cette envie de devenir un surhomme, de me dépasser.

Je ne veux pas répéter une histoire du Bien et du Mal. Je ne veux pas mélanger le Rouge et le Noir. Je veux une histoire aussi grise qu’enflammée, qui parle de nos existences quantiques. Mais pour cela, il faut un peu de temps, et aussi de l’action. Je réfléchis, je tâte les possibles.

Voilà. Je ne manque pas d’imagination. Je me suis assis dessus afin de pondre soit un œuf, soit un cheval.

h h h
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