La brise du moment

Je regarde invariablement vers la fenêtre quand je me réveille. L’apparition de l’arbre est un rappel que la réalité est toujours là pour effacer les dernières illusions oniriques.

Le vert de cet arbre n’a pas encore atteint sa pleine valeur comme s’il hésitait entre vivre et mourir. L’ampleur de son balancement, la couleur du ciel au-dessus de lui, la force de la lumière me donnent l’heure juste sur la qualité du jour.

Je ne suis pas cyclothymique. Je suis un homme docile, peut-être même un peu peureux dans mes passions. Je suis également de ceux qui écoutent leurs rêves quand ils parviennent à s’en rappeler et qui se déçoivent de les voir ainsi disparaître. Ces mondes rapidement effacés sont si prégnants. Cette nuit encore, j’ai rêvé qu’un ami m’offrait maladroitement un jeune lionceau. Il voulait me faire plaisir, cela se voyait, mais comme je suis un être difficile à contenter, il s’était senti obligé d’y aller dans les extrêmes.

Or, j’étais horrifié, avait peur de cette bête si belle, mais si dangereuse. J’en voulais à cet ami de me mettre dans cette position délicate de devoir refuser le cadeau. Il me fallait appeler un zoo, la police, me sortir de cette impasse. J’étais ému par son geste, mais ne voulait pas me soumettre encore une fois aux exigences de son malaise.

Un lion ? La force du destin, je crois. La vérité nue. Malgré l’urgence vécue dans le rêve, je n’en étais pas moins déçu de me réveiller pour me rendre compte que cela n’était encore une fois qu’une de ces vues de l’esprit. J’étais hors danger.

Ces voix, dans mes rêves, me laissent toujours, tel un personnage d’un roman de Hermann Hesse, sur ma faim. Ou ma soif. Cette voix dans ma tête que je me force d’écouter ; elle est si faible, voire inaudible, si lointaine. Elle semble connaître tout de l’univers, mais nos grammaires paraissent irréconciliables. Je n’arrive donc pas à traduire aucun de ses murmures. Le jour m’appelle en dehors du lit alors que je tente désespérément de prendre des notes.

Dieu est véritablement Silence. Il est probablement une autre de ces lubies chimériques dont se vêt ce fantôme dans nos esprits. Et pour les plus poétiques d’entre nous, il est matière à discourir, nous renvoie à notre appétit de connaître l’ultime saveur du monde.

Peu importe ce que nous sommes, aucune valeur d’être poète ou mécanicien, danseur, médecin, esthète, géniteur, et tous féminins confondus, si nous n’avons pas l’humilité de nous soumettre à nos rêves.

Voilà pourquoi je suis heureux et triste dans la vie. Je ne peux choisir mon camp, car cet arbre, au matin, se soumet à la brise du moment.

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