La discipline de Narcisse

Ce que tu cherches te cherche. L’affirmation a été lue sur Facebook, l’inépuisable lac où se mirent les temps modernes. Plusieurs vérités se superposent ici. Nous cherchons, nous nous cherchons, nous espérons être trouvés pour pouvoir nous retrouver enfin, comme si le voyage intérieur devait obligatoirement passer par l’autre.

Je me suis posé la question. Qu’est-ce que je cherche? Un second moi? Un lac? Que trouverai-je? Que suis-je censé découvrir? Notre route ne pourfend-elle pas un paysage plongé dans le noir et l’ignorance?

Il y a si peu de certitudes. Tout se réinvente au moment où on y pose son regard. Voilà pourquoi l’autre est si important, voilà ainsi que se déploie l’aube sans cesse renouvelée de la connaissance. Tes yeux sont mon miroir, mes yeux t’empêchent de percer ma profondeur et te renvoient à la tienne. Quand nous nous touchons, nous devons fermer les yeux et nous taire, quand nous parlons, nous devons cesser de nous toucher et accourir aux oreilles cherchant anxieusement une drogue pour assouvir, s’amourer ou s’amourir d’une étincelle.

L’autre bien sûr, celui de qui, depuis quelques millénaires, nous puisons nos envies, adressons nous prières. L’autre, Dieu, la Mort, Shiva, Nataraja. Là où nous retournerons après avoir dansé, chanté, joui son nom dans les bras de lucioles, de pâles copies tout aussi religieuses que nous, tout aussi disciplinées à recréer le visage de notre étonnement.

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2016/05/28
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