Les grains de sable | Guy Verville

Les grains de sable

Il me semble hésiter de plus en plus avant de prendre la parole, comme si mon esprit noyé de sagesse n’avait de mot pour décrire ce qu’il ressent. Selon la perspective, on pourrait croire que le temps est bruyant, que la fatigue est pensante et pesante, que tout va bien, au final, dans cet océan d’invisibilité.

Sous un autre éclairage, la vie continue d’être simple et lumineuse, nue dans sa simplicité, impératrice sans vêtement, sa peau brodée d’accroires.

Et dans l’ombre, la vie au travail, les tâches à produire, les choses à faire à la maison qui ne se font pas, la dent réparée — j’en avais perdu une —, ma petite tranquillité traînant sa solitude devenue peau de chagrin.

Quand je monte les escaliers du métro et que je croise les gens enfermés dans leur tour blanche, quand je croise le regard de celui-ci, qui ne me regarde pas vraiment, de celle-là, qui pense ailleurs, quand je vois la beauté de l’univers qui ne me parle pas, que j’observe les jeunes pavaner leurs problèmes et leurs insouciances, je me demande si je ne me serais pas construit ce miroir que les êtres seuls portent comme une pudeur.

Je me sens invisible ces jours-ci. Je ne sais s’il s’agit de tristesse ou de calme. J’avoue supputer mes rêves, examiner mes désirs. Je traverse mon petit bonhomme de chemin. Je ris avec mes amis, j’embrasse mes « chairs amis ». Je me colle à eux.

Il me semble qu’en moi autrefois surgissaient toutes les oasis. Maintenant, si mon sourire est resté collé à la lumière des fleurs, j’ai tout de même le sentiment que le Sahara s’affaisse dans l’entonnoir du Sablier.

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