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Les singes

Dimanche matin, Lisbonne. Je regarde de ma fenêtre les singes marcher dans les cordages de leur prison zoologique. L’appartement donne sur ce parc, peuplé en après-midi d’enfants enrégimentés et contrôlés par leurs moniteurs. Jour après jour, depuis que je suis arrivé à Lisbonne, le manège se poursuit.

Ce n’est pas encore l’heure des visites. Les ouvriers du zoo font leur ronde, les singes en font autant. Je me demande s’ils sont heureux à ainsi passer d’une corde à l’autre, à faire le tour de leur minuscule île. L’une porte sur son dos son bébé, entreprend le même trajet aléatoire. On semble s’éviter dans cette promenade qui n’a rien d’étourdissant. Trois cabanes dans lesquelles ils s’engouffrent parfois, pour en ressortir aussitôt. On semble chercher quelque chose, mais quoi...

Moi qui invente des parallèles sur tout ne peux m’empêcher de penser aux humains. Combien de fois ai-je pu témoigner de ces gens qui se contentent de leurs cordages, de leur voisinage, de leurs intérêts. Combien de fois me suis-je interrogé sur mes propres promenades, à lancer mon pas l’un devant l’autre en faisant semblant de ne jamais me retourner.

Quand je voyage, je marche ; je préfère presque le faire en solitaire, car j’ai ainsi le loisir de m’arrêter et de prendre mon temps. Je repense à ces singes et me demande où va ma route. Ma seule certitude est de ne pas trop en avoir, mais bien souvent, pris de vertige, j’essaie aussi de m’accrocher aux ficelles circulaires de ce que j’ai appris.

Peut-être ces singes ont simplement une belle capacité à l’oubli. Peut-être refont-ils les mêmes trajets parce qu’ils en ont perdu la mémoire. Peut-être en est-il ainsi pour nous, comme si la seule vie possible consiste à réinventer, donc à effacer, ce qui semble terrible à réaliser.

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Invisible>>
2015/05/24
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