L'innocence figée | Guy Verville
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L'innocence figée

Je ne sais pas trop comment je marche. Le cœur bat tout aussi vaillamment que la veille et il semble me promettre d’être aussi courageux demain. Je ne sais comment où s’en va le monde, où ira le cours des choses.

Mon âme est heureuse, elle est triste, figée dans cette candeur de vouloir comprendre le présent, de ne pas trop m’en faire tout en sachant que j’ai pourtant intérêt à demeurer vigilant. Un bel ami sur Facebook a publié des photos de son innocente jeunesse. Je lui ai dit quelque chose comme les yeux qui ont vu le monde peuvent très bien demeurer purs s’ils persistent à avoir foi en la réalité des choses.

Il m’a remercié, disant que cela était très beau.

S’il en est ainsi comme ma poésie me le suggère, cela signifie que cette réalité mystérieuse se boit comme un miel, fort comme la ciguë.

L’innocence, le présent, la réalité sont des abstractions d’un même phénomène figé. La première trace, la première naissance, l’empreinte de toutes les empreintes nous dicte sans doute depuis des années-lumière que la véritable et tangible vie se joue nu et immobile, les yeux naïfs et fermés, devant la paupière de nous-mêmes.

Il n’empêche que dire cela ne paie pas les factures.

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