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Si belle est la chaîne

Je veux depuis longtemps reparler du chant. Je n’ai pas cessé mes cours, malgré quelques absences ici et là, dans l’enchevêtrement des activités quotidiennes. Je n’ai pas, non plus, été assidu à répéter chez moi.

Par contre, le progrès semble y être. Quelque chose de subtil s’opère dans cette gorge fragile. Les cordes vocales, encore sans doute trop tendues, s’acclimatent pourtant de chanter plus haut. Il est relativement facile d’aborder le la, de glisser encore plus haut, jusqu’à deux tons plus hauts sans que ça ne soit brillant. Je ne fatigue pas, à ces hauteurs et, lorsque je ne songe pas à bien chanter, je chante mieux.

Mon professeur m’enjoint systématiquement de délaisser mes attaques trop viriles. La voix doit rester fragile, pour ainsi dire, toujours à danser sur la pointe des pieds sur un fil de fer qui n’appartient qu’à la mélodie. Si cette phrase paraît conceptuelle, elle n’en demeure pas moins vraie. Que l’on prenne, par exemple, une montée que je dois faire dans Prigionera hò l’alma in pena, un air de l’opéra Rodelinda de Handel. Je pars d’un mi grave et je dois atteindre tranquillement un la. Si j’attaque cette montée en appuyant sur les premières notes, je me rends difficilement au sommet. Si, par contre, je laisse vibrer comme de l’eau frémissante les premières notes, sans les pousser, le la, perché tout en haut, me paraît plutôt bien. Alors je répète ma montée, deux, trois, six fois, avec des résultats divers qu’il m’est pourtant difficile de juger.

Car, s’il est une chose troublante en chant, c’est qu’on ne s’entend pas tellement chanter que ça. Le professeur est content à des moments où je m’y attends le moins. S’entendre chanter est un péché. Chanter haut, c’est chanter avec une bouteille remplie presque à ras bord. Toute l’énergie est dans le goulot. Pas facile à comprendre, à saisir. Et puis, oui, ma voix me semble fragile, apeurée. Comme depuis le début, un processus cathartique s’opère. Je sens la glace se fissurer. Est-ce une bonne chose ? Liberté ou éclatement ? Ça me coûte cher, même si, à dire vrai, le tarif de mon professeur est plus que raisonnable, mais mes finances étant ce qu’elles sont…

Parlant d’argent, je suis en contact avec un conseiller financier, engagé par ma compagnie, pour nous offrir des REER convenables. Une des premières étapes sera de remettre à flot mes finances. J’ai demandé à ce conseiller d’inclure ce cours de chant comme une dépense essentielle. C’est tout dire et tout chanter.

Au fait, cet air d’opéra est délicieux, si contemporain. Mon prochain roman pourrait tourner autour de l’amour (j’ai un titre: Mon chair ami). Le texte italien va à peu près ainsi: Mon âme prisonnière est tourmentée, mais si belle est la chaîne que je ne veux pas la liberté. Triste et malade, mon coeur est prostré, mais son mal est si plaisant qu’il ne désire pas en être délivré.

À la manière de Handel, du miel !

Un grand merci, en tout cas, à Vincent !

Chanté ici par Kurt Streit (c’est à 1'00"). Chanté très lentement, peut-être trop ? Mais bon, Ma si bella è la catena (mais si belle est la chaîne, et non, mais si belle est la catin). Cela semble si facile pour lui ! Soupir…

 

Une interprétation peut-être plus conventionnelle, moins inspirante, par Alexander Young :

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<<Lancement
2015/02/01
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